Les bienfaits du théâtre sur la santé mentale

Monter sur un plateau, répéter un texte, improviser face à un partenaire : derrière ces gestes apparemment ludiques se cachent des mécanismes puissants de régulation émotionnelle, de stimulation cognitive et de transformation psychique. Le théâtre n’est pas seulement un art du spectacle, c’est aussi un levier concret pour la santé mentale, la confiance en soi et la cohésion sociale. De nombreux services hospitaliers, structures médico-sociales et écoles l’intègrent désormais dans leurs programmes de prévention et de soin. Pour vous, cela signifie qu’un simple atelier de jeu peut devenir un véritable laboratoire intérieur, où le cerveau, le corps et les émotions apprennent à mieux travailler ensemble.

Neurosciences du théâtre : plasticité cérébrale, cognition sociale et régulation émotionnelle

Depuis une trentaine d’années, les neurosciences confirment ce que les praticiens de scène pressentaient : le théâtre entraîne la plasticité cérébrale. L’alternance entre répétition, improvisation, jeu en public et écoute du partenaire mobilise à la fois le système des neurones miroirs, le cortex préfrontal, la mémoire de travail et le système limbique. Autrement dit, lorsque vous jouez, le cerveau s’entraîne à percevoir, ressentir, décider et s’auto-réguler en temps réel. Des études récentes en neuroimagerie montrent par exemple une augmentation de l’activation dans les régions liées à l’empathie et au contrôle inhibiteur chez les comédiens expérimentés, ce qui corrobore l’intuition des grands pédagogues de théâtre.

Activation des neurones miroirs et empathie lors du jeu de scènes stanislavskiennes

Le système des neurones miroirs s’active à la fois lorsque vous exécutez une action et lorsque vous voyez quelqu’un la faire. En jeu « stanislavskien », fondé sur l’écoute fine du partenaire et la sincérité de l’action, cette boucle sensorimotrice est constamment sollicitée. Le comédien observe les micro-expressions, la posture, le ton de voix, puis y répond intuitivement. Cette « mise en résonance » renforce la cognition sociale : compréhension de l’autre, décodage des intentions, adaptation émotionnelle. Des travaux publiés dans des revues de neuropsychologie rapportent que la pratique intensive du théâtre améliore les scores de reconnaissance des émotions faciales de 10 à 20 % chez l’adulte, un effet particulièrement précieux si vous cherchez à développer une meilleure intelligence émotionnelle dans vos relations.

Rôle du cortex préfrontal dans l’inhibition, la prise de décision et l’improvisation théâtrale

Le cortex préfrontal est souvent décrit comme le « chef d’orchestre » du cerveau. Il gère l’inhibition, la planification, la flexibilité mentale. Les neuropsychologues distinguent un mode automatique (routinier, rigide) et un mode adaptatif (créatif, souple). Le théâtre, en particulier l’improvisation, vous oblige à basculer vers ce mode adaptatif : il faut inhiber les réponses stéréotypées, prendre des décisions rapides, rebondir sur les propositions de jeu. Des études montrent que des programmes d’improvisation de 8 à 12 semaines améliorent la flexibilité cognitive et la capacité à changer de stratégie face à un problème, avec des gains allant jusqu’à 15 % sur des tests standardisés. C’est l’un des leviers par lesquels le théâtre devient un outil indirect de gestion du stress.

Théâtre et mémoire de travail : apprentissage de textes de molière, racine et shakespeare

Apprendre un texte de Molière ou de Shakespeare mobilise fortement la mémoire de travail, c’est-à-dire la capacité à maintenir et manipuler une information pendant quelques secondes. Le comédien doit retenir la réplique, la subordonner aux indications de mise en scène, tout en restant à l’écoute des partenaires et du public. Plusieurs travaux publiés dans le Journal of Aging and Health indiquent que la participation à des ateliers de théâtre améliore la mémoire de travail et la vitesse de traitement de 10 à 25 % chez les seniors après quelques mois de pratique régulière. Pour un adulte plus jeune, ce type d’entraînement constitue une gymnastique mentale comparable à l’apprentissage d’une langue étrangère, mais avec en plus la dimension émotionnelle et relationnelle.

Régulation du système limbique par l’expression émotionnelle guidée sur scène

Le système limbique, parfois surnommé le « cerveau émotionnel », orchestre la peur, la colère, la joie, la tristesse. Sur scène, ces émotions sont convoquées, amplifiées, puis canalisées dans un cadre sécurisé. Cette distance esthétique agit comme un filtre protecteur : vous ressentez intensément, sans être submergé. Des travaux en dramathérapie montrent que cette mise en forme artistique favorise une meilleure différenciation des émotions (« ce que je ressens » vs « ce que ressent le personnage »), étape clé pour les personnes sujettes à l’impulsivité ou aux débordements affectifs. Le théâtre fonctionne alors comme un simulateur émotionnel où le système limbique apprend progressivement à s’autoréguler.

Réduction du stress et modulation du cortisol via les exercices de relaxation vocale et corporelle

Avant d’entrer en scène, les acteurs pratiquent souvent des exercices de respiration, de détente musculaire et de vocalises. Ces techniques, proches de certaines méthodes de relaxation, ont des effets mesurables sur les marqueurs du stress : des études pilotes montrent une diminution du taux de cortisol salivaire de 15 à 30 % après une séance structurée de 45 minutes d’exercices corporels et vocaux. Pour vous, intégrer ces rituels inspirés du théâtre dans la routine quotidienne (respiration diaphragmatique, relâchement progressif, ancrage corporel) peut devenir une stratégie simple de gestion du stress chronique, complémentaire à d’autres approches psycho-corporelles.

Théâtre et santé mentale : impacts mesurés sur anxiété, dépression et estime de soi

Les effets du théâtre sur la santé mentale ne se limitent pas à des impressions subjectives. De nombreuses études cliniques évaluent aujourd’hui l’impact des ateliers de jeu sur l’anxiété généralisée, la phobie sociale, la dépression ou encore l’estime de soi. Dans plusieurs essais contrôlés, des programmes de dramathérapie ou d’improvisation montrent des réductions significatives des scores sur des échelles comme le BDI (Beck Depression Inventory) ou la HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale), allant de 20 à 35 % après quelques mois de pratique hebdomadaire. Pour une personne en souffrance psychique, le théâtre devient ainsi une modalité complémentaire, non médicamenteuse, du parcours de soin.

Programmes de dramathérapie pour troubles anxieux généralisés et phobie sociale

Dans les troubles anxieux, l’évitement des situations sociales entretient le problème. La dramathérapie propose une exposition graduée, sécurisée et ludique : d’abord des jeux très simples (marcher dans l’espace, échanger des regards), puis des scènes plus engageantes. Des programmes de 10 à 20 séances menés en santé mentale communautaire montrent des diminutions cliniquement significatives de l’anxiété sociale sur plusieurs mois. Pour vous, si la prise de parole en public est une source de panique, un atelier de théâtre adapté peut constituer un terrain d’entraînement progressif, souvent plus motivant qu’un protocole d’exposition classique.

Effets d’ateliers d’improvisation sur la symptomatologie dépressive (échelles BDI, HADS)

L’improvisation théâtrale oblige à être présent, à répondre au « ici et maintenant ». Ce focus sur l’instant contrebalance la rumination, mécanisme central de la dépression. Plusieurs études pilotes rapportent une baisse moyenne de 25 % des scores BDI après 8 à 12 séances d’impro, ainsi qu’une amélioration de la vitalité perçue. L’aspect ludique, le rire partagé et la valorisation des idées farfelues jouent un rôle antidote face à l’auto-critique dépressive. Cette approche est d’autant plus intéressante si vous avez du mal avec les formats thérapeutiques très verbaux : le jeu permet d’entrer dans le travail par le corps, la voix, la situation plutôt que par l’analyse abstraite.

Renforcement de l’estime de soi et de l’affirmation personnelle par le travail de personnage

Endosser un rôle, monter sur scène, tenir un texte sous le regard du public : chaque étape est une micro-victoire qui nourrit l’estime de soi. Le personnage fonctionne comme un « exosquelette » psychique qui autorise des comportements habituellement censurés : affirmer un désaccord, exprimer une colère, poser une limite. À force de répétition, ces compétences scéniques se transfèrent progressivement dans la vie quotidienne. Des enquêtes menées auprès d’adultes ayant suivi des ateliers réguliers rapportent que plus de 70 % d’entre eux se sentent plus à l’aise pour défendre leurs idées en réunion ou poser des limites dans leurs relations personnelles.

Prévention du burnout chez les soignants par le théâtre forum (méthode augusto boal)

Le théâtre forum, issu du Théâtre de l’Opprimé, met en scène des situations de tension (charge de travail, conflits d’équipe, violences symboliques) puis invite les participants à venir remplacer un personnage pour tester d’autres issues. Dans les équipes soignantes, cette méthode permet de verbaliser l’usure professionnelle, de mutualiser les ressources et de reconfigurer les rapports de pouvoir de manière symbolique. Des programmes hospitaliers rapportent une baisse subjective du sentiment de burnout et une amélioration de la cohésion d’équipe après quelques cycles de théâtre forum. Ce type de dispositif offre un espace de parole incarnée, souvent plus mobilisateur que de simples groupes de discussion.

Théâtre et réduction de l’isolement social chez les adultes et seniors en CMP

Pour des adultes suivis en CMP ou en hôpital de jour, l’isolement social est l’un des principaux facteurs de chronicisation de la souffrance psychique. Un atelier de théâtre crée un rendez-vous régulier, une appartenance à un groupe, des interactions structurées mais chaleureuses. Plusieurs évaluations indiquent une augmentation significative des sorties sociales, de la participation à d’autres activités culturelles et une diminution du sentiment de solitude après 3 à 6 mois d’atelier. Le plateau devient alors un « tiers-lieu » où la personne n’est ni uniquement « patient », ni uniquement « usager », mais aussi créateur, partenaire de jeu, spectateur actif.

Approches cliniques de la dramathérapie : méthodes, protocoles et cadres institutionnels

La dramathérapie regroupe différentes méthodes utilisant le jeu théâtral dans un objectif thérapeutique explicite, avec un cadre, un contrat et une évaluation clinique. Psychodrame, Théâtre de l’Opprimé, ateliers intégrés aux TCC : ces dispositifs se déploient aujourd’hui en hôpital de jour, en CMP, en EHPAD ou en structures de soins pour adolescents. Chaque approche dispose de protocoles spécifiques, mais toutes partagent une idée clé : le théâtre sert de médiateur entre expérience interne et monde extérieur, offrant un espace de jeu où les conflits, les traumatismes ou les impasses relationnelles peuvent se rejouer autrement, à distance.

Protocoles de psychodrame de jacob L. moreno en psychiatrie adulte

Le psychodrame propose à un patient de rejouer, avec l’aide du groupe, des scènes de sa vie : conflits familiaux, événements traumatiques, dilemmes actuels. Le thérapeute structure la scène, distribue les rôles, favorise les inversions de rôle (jouer le parent, puis l’enfant, par exemple). Ce processus permet de revisiter l’événement sous d’autres angles, de mettre en mots des affects restés figés, de tester de nouveaux comportements. En psychiatrie adulte, le psychodrame est utilisé pour les troubles de la personnalité, les états dépressifs résistants ou certaines psychoses stabilisées, avec des résultats encourageants sur la capacité de mentalisation et la qualité des relations interpersonnelles.

Théâtre de l’opprimé en santé mentale communautaire : théâtre forum et théâtre image

Le Théâtre de l’Opprimé propose des outils puissants pour travailler les situations d’injustice, de stigmatisation ou de domination. En santé mentale communautaire, le théâtre forum et le théâtre image sont utilisés pour explorer la stigmatisation des troubles psychiatriques, les rapports avec les institutions, les discriminations dans le travail ou le logement. Les participants créent des scènes à partir de leurs expériences, puis expérimentent d’autres façons d’agir. Ce travail renforce le sentiment de pouvoir d’agir (empowerment) et la mobilisation collective. Il s’inscrit dans une dynamique de rétablissement, qui considère la personne comme actrice de son parcours plutôt que simple bénéficiaire de soins.

Intégration du jeu théâtral dans les thérapies de groupe TCC (CBT) pour troubles de l’humeur

De plus en plus de protocoles de thérapies cognitivo-comportementales (TCC) intègrent des séquences de jeu théâtral : jeux de rôle pour travailler les pensées automatiques, mise en scène de situations anxiogènes, répétition in vivo de nouvelles réponses comportementales. Pour un trouble de l’humeur, ces exercices permettent de rendre très concrètes les restructurations cognitives : au lieu de simplement parler d’une nouvelle manière de réagir, le patient l’incarne, l’éprouve corporellement, reçoit un feedback du groupe. Cette translation du plan théorique au plan scénique augmente souvent l’adhésion au traitement et la généralisation dans la vie quotidienne.

Dispositifs de théâtre thérapeutique en hôpital de jour, CMP et centres médico-psychologiques

En institution, le théâtre s’inscrit dans un dispositif précis : fréquence des séances, taille du groupe, articulation avec les entretiens médicaux ou psychothérapeutiques. En hôpital de jour, il devient un pilier du programme de réhabilitation psychosociale. En CMP, il s’ajoute aux groupes de parole et aux ateliers créatifs. L’important, pour vous si vous êtes soignant, est de définir le cadre (objectifs, confidentialité, place des soignants sur scène ou en dehors) afin d’éviter les confusions de rôle. Certains services choisissent des ateliers animés par des comédiens professionnels en collaboration étroite avec l’équipe soignante, ce qui garantit à la fois la qualité artistique et la sécurité psychique.

Évaluation clinique des effets de la dramathérapie : échelles GAF, PANSS et auto-questionnaires

Pour objectiver les effets de la dramathérapie, les équipes utilisent différentes échelles : la GAF (Global Assessment of Functioning) pour le fonctionnement global, la PANSS pour les symptômes psychotiques, ou encore des auto-questionnaires d’estime de soi et de qualité de vie. Plusieurs études rapportent des améliorations modérées mais significatives des scores de fonctionnement social et de bien-être subjectif après 3 à 6 mois d’atelier. Au-delà des chiffres, certains cliniciens soulignent que des patients mutiques se mettent à parler sur scène, que des replis relationnels se desserrent, ou qu’un humour partagé réapparaît, autant de signes cliniquement précieux même si difficilement quantifiables.

Jeu théâtral et développement psychosocial chez l’enfant et l’adolescent

Chez l’enfant et l’adolescent, le théâtre rejoint un besoin fondamental : jouer des rôles pour construire son identité. À l’école, en MJC, en institution spécialisée, les ateliers théâtraux stimulent le langage, la motricité, l’empathie et l’affirmation de soi. Pour un enfant en difficulté scolaire, en situation de harcèlement ou en souffrance psychique, le plateau devient un espace d’expérimentation sécurisée où d’autres scénarios deviennent possibles. De nombreuses recherches en psychologie du développement montrent que les pratiques théâtrales régulières à l’école primaire et au collège améliorent les compétences socio-émotionnelles, la coopération et la gestion des conflits.

Construction de l’identité et du schéma corporel par l’exploration de rôles

En jouant successivement un roi, une sorcière, un enfant timide ou un héros courageux, l’enfant explore différentes possibilités d’être au monde. Le théâtre l’aide à différencier le « comme si » du « pour de vrai », ce qui est central pour un développement psychique sain. Sur le plan corporel, les exercices d’espace, de posture et de déplacement renforcent le schéma corporel : l’enfant découvre comment il occupe l’espace, comment il est vu par les autres, comment il peut se tenir pour se sentir plus stable ou plus ouvert. Cette dimension est particulièrement intéressante si votre enfant a une faible estime de soi ou des difficultés à s’affirmer physiquement.

Théâtre et compétences socio-émotionnelles à l’école primaire et au collège

De nombreux programmes éducatifs intègrent désormais le théâtre comme outil de développement des compétences socio-émotionnelles : coopération, écoute, gestion des émotions, résolution de conflits. Les élèves apprennent à recevoir et à donner un feedback bienveillant, à travailler en groupe vers un objectif commun (le spectacle), à gérer le trac avant de monter sur scène. Des évaluations menées dans différents pays montrent une diminution des comportements d’agression et une amélioration du climat de classe lorsque des ateliers de théâtre sont proposés régulièrement dans l’emploi du temps scolaire.

Programmes de théâtre pour élèves dyslexiques, TDAH et haut potentiel

Pour les élèves dyslexiques ou TDAH, le théâtre offre un terrain d’expression où l’oralité, le mouvement et la créativité sont valorisés. Les textes peuvent être adaptés, fragmentés, travaillés sous forme de jeu plutôt que de simple lecture. Les enfants avec TDAH bénéficient de la structure rythmée des exercices (début, consigne claire, fin), tout en pouvant canaliser leur énergie dans une action scénique. Les jeunes à haut potentiel trouvent quant à eux un espace de défi intellectuel et imaginatif, qui peut réduire l’ennui et le sentiment de décalage souvent rapportés dans le cadre scolaire classique.

Prévention du harcèlement scolaire par le théâtre forum en milieu éducatif

Le théâtre forum est particulièrement adapté au travail sur le harcèlement scolaire. Les élèves créent des scènes inspirées de situations réelles : moqueries, cyberharcèlement, exclusions. Le public est invité à monter sur scène pour tester d’autres réactions : intervenir comme témoin, demander de l’aide, poser une limite. Ce dispositif permet d’aborder un sujet douloureux sans stigmatiser un élève en particulier, tout en entraînant des réponses possibles. Pour vous, parent ou éducateur, participer à ce type de programme offre un langage commun avec les jeunes pour parler de la violence, de la loyauté au groupe, du courage de dire non.

Accompagnement des adolescents en souffrance psychique dans les MJC et structures jeunesse

Dans les MJC, les maisons des ados ou les foyers, des ateliers de théâtre accueillent des adolescents en rupture scolaire, en dépression ou en errance identitaire. Le cadre y est souvent moins médicalisé que dans un CMP, ce qui facilite l’adhésion de jeunes méfiants vis-à-vis des structures de soin. Le metteur en scène devient une figure d’adulte référent, ni parent ni thérapeute, ce qui ouvre un espace de parole et de créativité différent. Le travail sur un spectacle nourrit la persévérance, le sens de l’engagement et la capacité à se projeter dans le temps, autant de dimensions fragilisées chez les adolescents en souffrance.

Théâtre et réhabilitation psychosociale dans les troubles psychiatriques sévères

Pour des personnes vivant avec une schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques sévères, la réhabilitation psychosociale vise à restaurer un fonctionnement satisfaisant dans la vie quotidienne, le travail, les relations. Le théâtre occupe une place croissante dans ces programmes : ateliers réguliers, troupes mixtes patients/acteurs, créations publiques. Au-delà du plaisir artistique, ces dispositifs travaillent la cognition sociale, les habiletés de communication, la gestion des émotions et la confiance en soi dans un cadre soutenant. Plusieurs compagnies spécialisées ont démontré qu’un travail théâtral de long cours peut participer à une véritable inclusion culturelle, au-delà des seuls murs de l’hôpital.

Ateliers de théâtre pour personnes vivant avec une schizophrénie stabilisée

Dans la schizophrénie stabilisée, les symptômes positifs (délires, hallucinations) sont souvent atténués par le traitement, mais persistent des difficultés de communication, de retrait social et de cognition sociale. Les ateliers de théâtre proposent des exercices gradués : improvisations simples, scènes dialoguées, travail corporel. Les patients apprennent à décoder les intentions, à prendre des tours de parole, à gérer la proximité physique. Des études cliniques rapportent des améliorations modestes mais significatives sur les scores de symptômes négatifs et sur les indicateurs de participation sociale après plusieurs mois de pratique hebdomadaire.

Remédiation cognitive et entraînement aux habiletés sociales par le jeu de scènes

Certains programmes combinent remédiation cognitive et jeu théâtral. Les exercices ciblent la concentration, la mémoire, la planification, tout en étant immédiatement mis en situation dans des scènes de la vie quotidienne : demander une information, gérer un conflit, dire non à une demande inappropriée. Le théâtre devient alors un terrain d’entraînement intensif aux habiletés sociales, avec feedback immédiat du groupe et du thérapeute. Cette approche est particulièrement utile si vous accompagnez des patients qui peinent à généraliser les acquis des ateliers de remédiation classiques vers la vie réelle.

Programmes de réinsertion et d’inclusion culturelle via des troupes mixtes patients/acteurs

Des troupes mixtes, réunissant comédiens professionnels et personnes suivies en psychiatrie, se développent dans plusieurs villes. Ces compagnies proposent des créations publiques, parfois en partenariat avec des théâtres institutionnels. Pour les participants, il ne s’agit plus seulement de « théâtre thérapeutique », mais de création artistique à part entière. La reconnaissance du public, l’exigence du travail, la confrontation aux codes professionnels (ponctualité, mémorisation, engagement) constituent des leviers puissants de réinsertion. Ce type de dispositif réduit aussi la stigmatisation en montrant au public des artistes avant de montrer des patients.

Études de cas : expériences du théâtre de l’opprimé de paris et de la compagnie L’Oiseau-Mouche

Des expériences comme celles du Théâtre de l’Opprimé ou de la compagnie L’Oiseau-Mouche, composée d’acteurs en situation de handicap mental, illustrent la puissance de ces démarches. Les retours des spectateurs évoquent régulièrement un changement de regard sur la maladie psychique et le handicap, tandis que les acteurs décrivent un sentiment d’« exister autrement » que par leur diagnostic. Ces compagnies démontrent concrètement qu’un projet artistique ambitieux peut devenir un outil de santé publique, de lutte contre l’exclusion et de transformation des représentations sociales.

Outils pratiques pour intégrer le théâtre dans un parcours de soin ou de bien-être

Intégrer le théâtre dans un parcours de soin, de prévention ou simplement de bien-être mental demande quelques repères pratiques. Choix du cadre, type d’exercices, adaptation au profil des participants, articulation avec un suivi psychologique : plusieurs paramètres conditionnent la sécurité et l’efficacité du dispositif. Que vous soyez patient, proche, soignant ou professionnel de la scène, quelques principes simples aident à construire un atelier de théâtre qui fait vraiment du bien, plutôt qu’une simple animation culturelle déconnectée des besoins psychiques des participants.

Choix du cadre : conservatoires, compagnies locales, ateliers en milieu hospitalier

Le premier choix concerne le cadre : un cours amateur en conservatoire ou association, une compagnie locale, ou un atelier intégré à un dispositif de soin. Si vous cherchez avant tout un travail sur la confiance en soi et l’expression, un cours de théâtre amateur peut suffire, à condition de signaler au professeur vos besoins spécifiques (timidité, anxiété, trouble de l’attention, etc.). Pour des problématiques plus lourdes (troubles anxieux sévères, dépression majeure, psychose), un atelier en CMP, en hôpital de jour ou en structure spécialisée garantit un encadrement clinique adapté et une meilleure articulation avec le reste du suivi.

Exercices fondamentaux pour débutants : respiration, diction, travail corporel et voix

Pour débuter, quelques familles d’exercices sont particulièrement utiles :

  • Respiration diaphragmatique et ancrage : pour calmer le système nerveux et gérer le trac.
  • Diction et articulation : pour projeter la voix et se faire entendre sans forcer.
  • Travail corporel (marches, postures, regard) : pour habiter l’espace et le corps avec plus de présence.
  • Improvisations courtes : pour entraîner la spontanéité et l’écoute du partenaire.

Ces exercices, répétés régulièrement, constituent une sorte de « boîte à outils » que vous pouvez ensuite transférer dans d’autres contextes : entretien d’embauche, présentation orale, situations de conflit.

Construction d’un protocole d’atelier adapté aux personnes anxieuses ou introverties

Pour des personnes très anxieuses ou introverties, le principal risque est la mise en échec (trop de pression, trop vite). Un protocole adapté respecte une progression :

  1. Phase de mise en confiance : jeux sans parole, travail sur le regard et la respiration.
  2. Phase de petites prises de parole : une phrase, puis un court dialogue.
  3. Phase de scènes construites : textes courts, improvisations à deux ou trois.

Le groupe doit rester de petite taille, avec un cadre clair de bienveillance et de non-jugement. L’objectif n’est pas la performance artistique parfaite, mais la possibilité, pour chacun, de faire un pas de plus vers l’expression de soi sans se sentir submergé.

Collaboration entre psychologues, psychiatres et metteurs en scène pour un suivi sécurisé

Lorsque le théâtre est utilisé dans un but thérapeutique explicite, la collaboration entre cliniciens et artistes devient cruciale. Le psychologue ou le psychiatre apporte une compréhension des mécanismes psychiques, des symptômes et des risques de décompensation. Le metteur en scène ou comédien-animateur maîtrise les outils de jeu, de direction d’acteur, de groupe. Ensemble, ils peuvent ajuster les consignes (par exemple, éviter certaines thématiques trop directement traumatiques), repérer les moments où un participant a besoin d’un temps individuel, et inscrire le travail théâtral dans un projet de soin global. Pour vous, professionnel de santé, s’allier à un artiste, c’est enrichir la palette thérapeutique ; pour vous, artiste, travailler avec une équipe clinique, c’est sécuriser les explorations émotionnelles souvent intenses que le plateau fait émerger.

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